Ma vie de RER (2)

J’ai hésité à mettre une photo mais non…
Voilà maintenant 2 mois que je bosse sur La Défense. L’essentiel du temps vers le bas de l’esplanade, mais aussi une bonne partie du temps, derrière le CNIT (où mon grand père a bossé), donc « en haut ».
J’ai pris l’habitude de transcender mes trajets (RER E de Pontault à Auber, puis le A jusqu’à la Grande Arche) et j’ai pu constater que chaque jour, ou presque, peut amener une forme de joie.
Il y a la jolie étudiante blonde qui fait des grimaces au joli bébé black dans sa poussette. Il y a ce bonhomme que je trouve âgé mais qui doit avoir à peine 5 ans de plus que moi (ouille !) qui fait une mine surprise parce qu’on croise un RER bien plus rapide, et que l’effet de souffle nous bouscule (c’est vrai que c’est drôle et surprenant !).
Il y a ceux qui jouent (mal) à Clash Royale ou Candy Crush, ceux qui s’engueulent, ceux qui ont des têtes de PNJ (personnage non joueur / figurant) potentiel dans l’Appel de Cthulhu (oui, je retrouve, décidément, mes anciennes amours et reprend les jeux de rôle).
Bref, j’arrive à sourire et à m’amuser dans le RER.
Parfois je dois un peu forcer le trait. Je ferme les yeux et imagine que nous circulons sur le Larzac. Je vois des herbes jaunes et sèches battues par les vents, des arbustes rabougris, un ciel bleu, un vent sec, et cela me fait du bien.
Après notre courte virée à la Réunion du 11 novembre, j’écoute aussi l’Océan Indien qui se jette sur les rochers dans des vagues de 4 ou 5 mètres, et ça me fait aussi du bien.
Mais par moments, c’est extrêmement difficile de transcender ou de sublimer ce qu’il y a autour de moi.
Si mon trajet est, normalement, d’une grosse heure quand Valérie me dépose et vient me chercher, il peut passer très facilement à 1H30 ou 2H.
Ce sont les « bagages oubliés » et donc « suspects ». Ces fameux bagages qui pourraient être des vilaines bombes de vilains terroristes. Il y a les actes de malveillance de certains usagers (que je n’ai pas encore identifiés… les actes, pas les usagers). Les feuilles mortes qui se stockent sur les rails (ça, ça me plait… l’idée que la nature a toujours le dernier mot).
Les pannes de signalisation, les bagarres dans un wagon, les signaux d’alarme tirés, les suicides, etc.
Bref, tout ce qui vient jeter un grain de sable dans une mécanique qui pourrait être huilée.
Et je n’ai pas encore connu les grèves !

Le plus dur dans ces moments ? Ce n’est pas que le retard… C’est observer les gens. Mes concitoyens. Mes semblables. Mes « frères »…
Un RER arrive et une masse énorme et informe, digne d’une créature lovecraftienne, tente d’entrer dans les wagons en laissant à peine le temps aux passagers qui, eux, veulent sortir de descendre. Une voix, dans les hauts-parleurs, annonce pourtant « merci de laisser descendre les voyageurs avant d’entrer ». Des types en gilet jaune empêchent des fous d’entrer quand les portes se referment sur une masse de chair.
Parfois (cela m’est arrivé), certains passagers doivent descendre pour laisser passer les gens, avant de remonter dans la rame. Mais, happés par la foule, ils ne peuvent plus remonter et doivent, éventuellement, attendre la rame suivante.
Mais je parlais d’une masse énorme et informe qui monte.
Il est 17/18H. Il y a de nombreux RER.
On se dit « 5 ou 15 minutes valent elles le coup de se faire du mal à l’âme ?« .
Perso, je me dis que non… Et j’attends le suivant en pensant qu’il y aura moins de monde : les retardataires, les fragiles, les philosophes, les célibataires.
Hier, après le 4ème RER, c’était la même masse énorme et informe. Des dizaine de dizaines de personnes qui veulent s’engouffrer dans les wagons pour rentrer chez elles le plus tôt possible, pour les meilleures raisons du monde : les enfants, le conjoint, la bouffe, les courses, Cyril Hannouna…
Hier, je n’ai pas pu… Avec Valérie, on s’était donné rendez vous dans Paris mais je n’ai pas pu prendre ma correspondance. Une question de santé mentale…
J’ai laissé passé 3 rames. A chaque fois, la horde était la même… animale… bestiale… Bête… Sans âme.
Ca gueulait, ça griffait presque. C’était à Chatelet.
Une horreur sans nom.
J’ai abandonné, j’ai décidé de faire le chemin à pieds ou en métro.
Sur la ligne 14 que j’ai finalement prise, et qui n’était guère plus longue que le trajet en RER, la circulation était ralentie… Un colis suspect. Encore un.
Pas grave. Je suis arrivé à temps, plus calmement mais avec cette image des gens se battant pour monter dans un RER, être entassés comme des bestiaux pour l’abattoir.
Plein d’images me venaient à l’esprit… dont les « trains de la mort » qui envoyaient de pauvres gens dans les camps de concentration. Je pensais à mon pote Bruno qui se disait qu’avec les transports en commun, on pouvait lutter contre la circulation automobile abusive. Puis je comprenais les gens qui affrontaient, seuls dans leur voiture, les embouteillages. L’attente, certes, mais avec une bulle d’air autour d’eux.
Et tout ça s’est mélangé…
Cette horde. Les colis suspects. La politique. Valls. Trump. Fillon. Le Pen. J’ai eu beau penser au Larzac, à l’Aubrac, à la Réunion, au ciel, au vent, à la terre et à l’océan, à mon amoureuse. J’ai eu peur.
J’ai peur…

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