Ma vie de RER

logo-rerEt bien voilà, c’est fait !
Après plus d’un an d’attente, je quitte l’Occitanie, rejoins mes terres d’enfance d’Île de France, vis près de ma bien Aimée et réoriente ma carrière dans la formation, mais (presque) dans la même entreprise.
Cool !
La seule vraie appréhension fut de comprendre qu’il me faudrait aller bosser chaque jour à La Défense… C’est à dire de l’autre côté de Paris, avec 45 à 50′ de voyage en RER.
Gloups… Des hordes de voyageurs empestant le parfum bon marché le matin, puant la sueur le soir ; un remake de « L’attaque des clones » en arrivant à la défense, mais avec des « costard-cravate-attaché case » en lieu et place de Stormtroopers.
Qu’à cela ne tienne, je vais pouvoir enfin reprendre la lecture et entamer cette pile de bouquins qui n’attend que moi depuis 2 ans.
Et puis là. Plaf ! Le RER n’est pas que ça, et chaque jour j’ai pu constater qu’on pouvait briser l’indifférence générale, et transcender cette espace de promiscuité forcée où chacun s’efforce de se protéger dans sa bulle mentale quand sa bulle physique est mise à mal.
Parfois, c’est tout bête.
C’est sourire  de l’étonnement du monsieur à qui je propose de filer un coup de main pour faire grimper la poussette dans le wagon.
C’est écouter le rire jovial et le merci de la dame à qui je signale qu’à chacun de ses pas, un des ignames qu’elle porte dans son sac est en train de se faire doucement la malle, pour retrouver sa liberté sans doute.
C’est se retenir d’éternuer parce que la nana juste devant vous, hoche la tête, et agite sa couette, sous vos narines, et tout ça devant le regard mi-goguenard mi-complice d’une autre passagère.
Parfois c’est plus sophistiqué.
Comme cet illustre inconnu qui traduit à l’envers ce que je suis en train de lire et engage alors avec moi une longue conversation sur Cthulhu, puis les jeux de rôles, puis nos souvenirs respectifs, avant que nous n’échangions nos coordonnées.
Ou encore comme le matin où, avec une joie à peine dissimulée, je monte dans un wagon qui semble comporter plein de places assises à l’étage. Bien sur je m’y précipite, aperçois quelques voyageurs collés les uns aux autres dans le fond en me demandant pourquoi ils se pelotonnent quand il y a tant d’espace !
Mon regard fait un tour d’horizon pour choisir mon siège lorsque je comprends vite les raisons de ce rapprochement humain. Je comprends d’un seul regard, et d’une seule respiration !
Un énorme étron (un truc que tu te demandes même de quelle créature il a pu sortir !) prend la pose entre 2 rangées de sièges. C’est là que le cerveau se met à travailler à 200 à l’heure ! Jusqu’à quelle zone d’inconfort suis-je prêt à aller pour bénéficier d’un siège pour le reste du trajet ! Merci les cours de géométrie ! Je me surprend à calculer inconsciemment l’angle qui me permettra d’être assis sans avoir vue sur la chose, tout en me demandant si l’odeur sera, elle aussi, masquée. En une seconde, je fais mon choix et parie sur un siège isolé face aux marches.
Pas de vue. Pas d’odeur. Juste la connaissance de l’existence de l’objet coupable. Victoire ! Mais, à chaque arrêt, il me devient impossible de rester plongé dans ma lecture. En fait, tout comme moi, les nouveaux passagers se disent « Ho ! Quelle aubaine ! Des places assises au 1er !« .
Et de les voir grimper les 7 ou 8 marches, jeter un œil à leur gauche et prendre une moue dégoûtée voire horrifiée et de faire demi-tour en bousculant les suivants dans la queue, qui font le même manège, n’étant pas prévenus par le prédécesseur.
Et me voilà, hilare intérieurement, fasciné par un ballet de grimaces plus étonnantes les unes que les autres, et en saluant le courage d’un ou deux audacieux qui viendront me rejoindre.
Le RER peut donc tout, même vous mettre de bonne humeur pour la journée avec une grosse merde puante !

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